Une envolée pas comme les autres
Dernière mise à jour : 22 sept.
On est en 1961 à Bequimão, dans l’État du Maranhão au Brésil.
Padre Paulo (père Robert Fortin) est dans l'attente de l'arrivée des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame des Anges au Brésil. Mgr Cabana - alors archevêque du diocèse de Sherbrooke - vient de confirmer leur venue au début du mois de mars. Dans ses notes historiques, on retrouve la narration des événements entourant l'arrivée de nos Sœurs qui, avouons-le, en vaut la lecture!
La préparation
"Notre attente commence. Le peuple est informé. La Mission a un besoin urgent du dévouement de ces religieuses. Dès le dimanche suivant, tout le village participe à la messe d'action de grâce. Au sermon, j'explique la valeur de la vie religieuse. Une fois [la messe] terminée, hommes et femmes s'enquièrent des coutumes des religieuses, de leur vie, de leur costume. C'est le sujet de toutes les conversations, car la plupart n'ont jamais vu de religieuses de leur vie. Déjà, des malades veulent marquer leurs consultations!
Ce sont des femmes courageuses, sûrement; le seul fait de savoir que leur couvent sera bâti près du cimetière est très éloquent.
Enfin, un télégramme nous avertit qu'un navire de New York les débarquera à Belém, le 5 mars 1961. Je m'y rends pour les recevoir et, faisant d'une pierre deux coups, j'en reviens également avec la Supérieure générale qui, elle, arrive par avion de Lima.
L'adaptation
Avant d'aller étudier la langue à Belo Horizonte, les sœurs restent trois semaines au Nord. Logées à l'étroit dans la maison paroissiale encore inachevée, elles ont leurs premiers contacts avec les gens. Tout le village est heureux et nous encore plus. Notre "potentiel humain, missionnaire" se trouve doublé.
Déjà, les Sœurs ont une bonne idée de Bequimão, mais pour une initiation plus complète en terre missionnaire, il est bon qu'elles visitent également Peri-Mirim et les autres paroisses aux soins des diocèses de Nicolet et de St-Hyacinthe.
Un vol intérieur
C'est un lundi matin : les petites Sœurs prendront d'abord l'avion pour se rendre à Peri-Mirim, puis, de là, à Alcântara. Vers sept heures, on entend, dans le lointain, un vrombissement de "Teteco"; bientôt il se pose. À peine deux minutes plus tard, nouveau bruit et nouvel atterrissage. Vraiment, c'est du luxe; aujourd'hui, deux avions sur la piste!
Déjà, la maison paroissiale est assiégée par nos gens. Je prends congé, une minute, pour aller reconduire les voyageuses au champ d'aviation, juste à l'extrémité de la rue. Le même avion a apporté du courrier et les Sœurs reçoivent leurs premières lettres; contentes de ce bienfait, elles nous donnent la main et montent pour la courte envolée de 10 minutes.
Quand l'inconcevable arrive
Je reviens en hâte à la maison où m'attend un paroissien, venu d'une assez longue distance; il veut repartir avant que le soleil ne réchauffe trop le sable de la rue. Je suis déjà à converser avec lui, quand Dona Carmen arrive et me dit:
Padre Paulo, l'avion des Sœurs vient de tomber dans le marais!
Elle et moi sautons dans la jeep; sans mot dire et presque sans voir, nous filons au lieu du désastre. Jamais je n'ai ressenti un tel coup; ça me crépite derrière les oreilles... Tout ce dont je me souviens, c'est que je me disais: "Bien sûr, elles sont mortes sous les décombres". Puis, me ressaisissant:
Mon Dieu, après m'avoir donné tant d'espoirs, ça ne se peut pas que vous me fassiez un "coup de cochon" semblable!
La surprise
Comme j'arrive près de l'avion culbuté, les trois roues en l'air, je vois les gens crier et pleurer... Mais soudain, Sœur Hélène sort par la portière, en rampant. Elle traîne derrière elle quelque chose qui paraît précieux, se recule d'environ dix pieds et ouvre le précieux étui… c'est sa caméra!
Elle croque une photo sur le vif. Je la regarde sans voix, ahuri... Elle aussi me regarde et comprend la question que je ne lui pose pas.
Père, ce n'est pas tous les jours que ça arrive de tomber en avion; il nous faut un souvenir!
À son tour, Sœur Lucie sort des décombres, la lettre de sa mère en main. Sœur Gisèle vient vers moi et me dit:
Pourriez-vous dire au pilote de l'autre avion de nous attendre? J'ai sali ma robe, mais je vais en hâte me changer!

Et moi qui étais tout engourdi et glacé du choc! Franchement, elles en ont du chien, nos sœurs canadiennes!
-Padre Paulo, 1970.
En Jeep avec Padre Paulo, à un mille de Bequimao Sr Majella Brousseau se rajoute rapidement aux premières sœurs de la mission Les Sœurs à cheval, ainsi que Padre Paulo En 1965. Les trois Sœurs de Peri-Mirim.
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