Le grand départ vers la Chine
Pour la première fois de son histoire, la Congrégation des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame des Anges s’apprête à être à l’œuvre au bout du monde.
Dans les jours qui précèdent le départ, les visites d’adieu se succèdent : aux familles d’abord, puis aux diverses communautés religieuses de Sherbrooke. L’émotion est vive. À cette époque, partir en mission signifie bien souvent partir pour toute la vie — du moins, en principe.
Le 19 septembre 1922, c’est récréation toute la journée à la Maison Mère. On rit, on cause avec entrain, malgré les serrements de cœur. Au cours de l’après-midi, Mgr Paul Larocque vient faire à ses filles ses dernières recommandations. Les larmes aux yeux, il les bénit avec effusion.
À 18 h, la communauté se rend à la cathédrale pour le départ missionnaire. L’église est bientôt remplie de fidèles venus de toutes parts pour rendre hommage aux cinq missionnaires qui s’en vont si loin porter le nom de Dieu.
Elles sont cinq à partir pour la Chine :
Sœur Saint-Joseph — Marie-Anne Turgeon, supérieure de la mission en Chine
Sœur Saint-Michel-Archange — Léontine Côté
Sœur Saint-Pierre — Albina Domon
Sœur Saint-Georges — Anna Thomas
Sœur Saint-Louis de Gonzague — Léonie Gendron
Le 20 septembre, elles quittent Sherbrooke en direction de Montréal. De là, elles prennent le bateau vers Trois-Rivières pour un pèlerinage au sanctuaire du Cap-de-la-Madeleine. Le 22 septembre, elles sont de retour à Montréal. Elles visitent l’Oratoire Saint-Joseph, puis montent à bord du train en direction de Vancouver.
Le 23 septembre, elles sont à Winnipeg. Le 26 au matin, elles aperçoivent au loin les montagnes Rocheuses. Le 27 septembre, elles arrivent enfin à Vancouver, où elles sont logées chez les Sœurs de la Providence, à l’hôpital Saint-Paul.
Le lendemain, 28 septembre, elles s’embarquent sur l’Empress of Australia.
Sœur Saint-Joseph écrit alors :
« Après avoir rangé nos bagages dans nos cabines, nous montons sur le pont et regardons s’éloigner le bateau de la terre natale. Pas une larme ne brille à la paupière, mais le cœur… le pauvre cœur bat à se rompre. Que de souvenirs se pressent en notre mémoire. […] Adieu donc beau Canada, adieu chères petites sœurs que nous ne reverrons peut-être plus, adieu frères, sœurs, parents et amis […] Adieu et à Dieu. »
Mais le voyage commence à peine qu’un imprévu survient. Deux jours après le départ, une tempête endommage les moteurs de l’Empress of Australia, qui doit faire demi-tour. Les missionnaires ne reprendront la mer que le 19 octobre au matin, seize jours plus tard, cette fois à bord du somptueux Empress of Canada.
Le 3 novembre au matin, les Sœurs notent que le navire navigue sur la mer Jaune. Bientôt, il jette l’ancre à Woosung. Les passagers sont alors transbordés sur l’Alexandra, un petit navire qui les conduit jusqu’à Shanghai.
Le 11 novembre au matin, les missionnaires reprennent la route à bord du Porthos de France, en direction du port de Haiphong, au Tonkin.
Et pourtant, le voyage est loin d’être terminé.
Après plusieurs autres étapes, une caravane de mulets et de chaises à porteurs quitte Yunnanfou le 6 décembre. Commence alors la longue et difficile marche vers Kweiyang.
Les cinq missionnaires y arrivent finalement le 29 décembre 1922.
Trois mois et dix jours après leur départ de Sherbrooke, les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame des Anges posent enfin le pied sur leur terre de mission.
Départ des cinq premières MNDA pour la Chine

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